Jeudi 6 septembre 2007
Au village des fostlins régnait une ambiance électrique. Les clans s'étaient formés depuis longtemps déjà. La révolte latente grondait dans les allées depuis quelques années.
 
D'un coté, les Gueux. Ils formait la majeure partie des fostlins, n'avaient pour la plupart reçu ni éducation, ni instruction, et gagnait leur vie à la sueur de leur fronts sales et luisants. Il ne connaissaient de ce monde, que la souffrance et l'indigence. Dick faisait parti d'eux.
 
Il était né d'une famille très modeste et avait grandi dans la quiétude d'un bonheur dépouillé, au milieu d'une famille unie. Il avait le charisme des meneurs d'hommes, il s'était senti depuis toujours le besoin de défendre son prochain. Sa femme, Margot, l'admirait pour cela. Elle le regardait avec les yeux de l'amour, le seul, l'unique, celui qui la faisait tenir. Parce qu'elle souffre Margot, souffre de ne pas pouvoir offrir des conditions décentes à ses enfants, souffre de voir Dick se tuer à la tâche, souffre que ses efforts soient vains, parce qu'ils resteront à jamais des gueux afféodés à une noblesse aveugle.
 
Dick ne cautionnait pas ce pessimisme typiquement féminin, il était de ceux dont on ne défait jamais l'espoir d'un jour meilleur. Cet optimisme contagieux faisait s'amasser chaque jour un peu plus de villageois acquis à sa cause. Il y avait Egmont, ami de toujours, un peu bourru mais le cœur en bandoulière, et puis Guillem le vieil aigri, qui avait accumulé au fil des ans trop de (ran)cœur pour porter le sien en bandoulière, et bien d'autres cherchant en Dick le courage qui leur manquait, celui de se révolter. Leur mécontentement atteignait aujourd'hui son paroxysme, chacun voulait prendre part-au-schisme.
 
Les nobles connaissaient cet état de fait et scrutaient avec inquiétude les étendues encore calme qui résonneraient bientôt du fracas des armes et des cris de mourants.
L'heure de se réunir était venue. Le dîner organisé par le comte de Tartarie, maire du village, serait une bonne opportunité, il apporterait certainement son lot de solutions. A l'issue de cette effusion molle d'idées, un plan d'action fut quand même établi :
1. Rédaction d'une analyse de la situation réalisée par un habitant d'un village voisin, ce sera un paladien, Granvelle, sa neutralité permettrait une conclusion objective, la prestation pèsera lourd dans le budget villageois, mais la situation l'exige.
2. Un collège de nobles fostlins se réunira, il s'appuiera sur le résultat de l'analyse pour déterminer le niveau de gravité de la situation.
3. Si celle-ci dépasse un niveau 5 sur une échelle de 1 à 8, un villageois sera reçu afin qu'il présente les désidératas de ceux qu'il représente. Dans le cas contraire, aucune action ne sera entreprise.
 
Le comte de Tartarie parapha le document. La noblesse n'était pas étrangère au vice et à l'immoralité, la corruption honteuse y était même coutumière. Granvelle n'était autre que le gendre du comte. Impensable pour le maire de déléguer cette tâche stratégique à un inconnu. Le gendre se mit au travail, son ardeur à être le pus objectif possible n'était pas sans liens avec l'attention que portait sa femme au sort de ces malheureux villageois. A la lecture du document, le collège de nobles s'aperçut que la situation était extrêmement préoccupante, la rebellion imminente et l'insurrection menaçante. Un niveau 7 fut communiqué à qui de droit.
 
Le comte reçut ce bilan comme un affront. Granvelle l'avait certainement trahi. Sa fille avait épousé un paria, elle ne valait pas-rien mais pas loin. Il fallait maintenant recevoir un gueux au château. Sacrilège suprême.
Dick allait connaître son heure de gloire. Ce représentant était naturellement désigné, lui qui s'était érigé depuis toujours contre la nouvelle aristocratie. La rhétorique il la pratiquait, parfois, seul devant son miroir, c’était son sport-à-Dick. Son éloquence serait son meilleur atout, sa verve sa meilleure arme.
 
Margot lui prépara ses plus beaux atours. Egmont tentait maladroitement de lui rédiger un beau discours, il aurait tout donné à cet instant pour être plus instruit, pouvoir aider son ami. Dick le remercia, d'une tape viril dans le dos et parti en direction du château.
 
Tout était déjà prêt, il l'avait répété 1000 fois dans sa tête, une centaine d'âmes comptait sur lui. Il n'attendait pas de miracle. Le vieil aigri le lui avait rappelé : "N'attends rien d'eux, ne lui dit même pas bonjour, il pourrait t'embrouiller, sors ton couteau et tranche lui la gorge". Il était comme ça Guillem, la vie lui avait enlevé toute douceur des mots, Dick avait souri.  
 
"Alors qu'avez vous à me demander, dépêchez vous je n'ai pas beaucoup de temps à vous accorder. Ne me parlez pas de misère imaginaire, vous vivez bien, quoique vous en pensiez."
 
"J’ai assez vu la misère, monsieur, pour n’avoir pas besoin d’inventer. La réalité est trop sordide pour que j’aie besoin de l'aggraver encore. Vous qui me chargez d'exagérer les souffrance de vos concitoyens, venez donc souffrir notre pain quotidien. Venez boire notre eau impropre, voir nos enfants pleurer parce qu'ils ont faim. Vos concitoyens se meurent, et vous gardez les yeux fermés, aveuglés par les dorures qui vous entourent. 
Nous avons perdu trop d’années, à mendier votre pitié. Le temps de la révolte sonne, Monsieur. Des voix s’élèvent d’un peu partout réclamant le renversement de cette société injuste. Nous nous préparons depuis plusieurs saisons, chacun donne de son temps, de son argent pour ceux qui en ont. Mes concitoyens m'ont chargé de vous prévenir.
Aujourd’hui nous avons de quoi tenir, soudés, associés, nous sommes plus fort. Vous n’avez plus le choix, voici la liste de ce que nous demandons, si celle-ci n’est pas satisfaite dans les plus brefs délais, ce sera l’insurrection."
 
Les villageois savaient qu'il ne s'étaient pas trompés, il n'aurait pu rêver meilleur homme pour les représenter. Dick était une providence sociale. C'était un saint Dick.
Par Deldongo
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